L’industrie de défense et de sécurité suisse serait privée du jour au lendemain de l’accès aux débouchés étrangers.
Ne resteraient alors plus que les ventes de matériel d’armement en Suisse. Cependant, aucune entreprise, fusse-t-elle fabricant de matériel de guerre ou sous-traitant, ne pourra survire économiquement en ne travaillant uniquement pour l’armée suisse. Le marché suisse, qui au cours des dernières années n’a cessé de diminuer, est tout simplement insuffisant pour cela. Une interdiction d’exporter prive ces entreprises tout simplement de leur base d’existence.
Du point de vue économique ceci entraîne une structure des coûts défavorable pour les entreprises concernées : les dépenses, destinées à la recherche et au développement ou à l’acquisition de capacités de production coûteuses, devraient être répercutées sur une quantité moins importante de produits vendus ce qui augmenterait automatiquement les coûts unitaires. Conséquence: affaiblissement de la compétitivité des entreprises concernées. Ceci s’aggrave plus la part de biens d’armement exportés par l’entreprise est élevée.
La part d’exportation de « Rheinmetall Air Defence » (avant Oerlikon Contraves) se monte à environ 95%. Cette valeur dépasse largement les 80% chez « MOWAG » et se situe à environ 75% chez « Nitrochemie Wimmis », qui appartient à « Rheinmetall Defence » et « RUAG Holding ». Même chez « RUAG », le partenaire industriel de l’armée suisse, la part d’exportation dépasse les 50%.
Etant donné que toute une série d’entreprises productrices de matériel de guerre sont propriété de groupes étrangers et compte tenu d’un changement aussi massif de la structure des coûts, il est évident que ces entreprises délocaliseraient leur production à l’étranger.
L’interdiction d’exporter nuit à l’innovation pour le secteur civil
Finalement, l’initiative a pour conséquence de perdre du savoir-faire précieux. Plusieurs développements destinés à l’origine pour l’industrie militaire sont aujourd’hui également utilisés dans le secteur civil. Ceci est dû au fait que les exigences demandées au matériel et à la précision pour le matériel de guerre sont souvent plus élevées, ce dont profite finalement aussi la production de biens civils.
L’Airbag en est un exemple très répandu. Le développement du détonateur s’orientait au début aux besoins militaires. Nous connaissons de nombreux exemples similaires :
Des systèmes de guidage conçus par RUAG pour des besoins militaires – des systèmes donc permettant de coordonner la localisation de lieux, de véhicules et de personnes et d’assurer la communication mutuelle – sont désormais proposés dans une version adaptée également pour des organisations civiles comme les corps de police et les services sanitaires. Les simulateurs pour la formation de chauffeurs de camions civils découlent également de la recherche militaire.
De nombreuses innovations pour des applications civils sont issues du développement de systèmes pour la défense aérienne de la société « Rheinmetall Air Defence » leader dans ce domaine. Par exemple :
Trépieds pour la microchirurgie exigeant une précision mécanique et une fiabilité parfaite,
structures pour satellites et coiffes couvrant les charges utiles dans la technique spatiale, issues des capacités de pouvoir construire des structures extrêmement légères et résistantes,
détecteurs de gaz développés pour les besoins militaires et utilisés maintenant également dans la construction de tunnels.
Extrait du discours de Peter Dietrich, directeur de Swissmem